Timbres rares

Le timbre le plus rare du monde, connu à un seul exemplaire est le 1 cent noir sur magenta de Guyane britannique émis en 1856.

Nous en donnons une représentation en noir et blanc tirée de l’ouvrage de Hornung, page 294 (voir aussi plus loin, les timbres d’Ajman et de Corée du Nord qui donnent une représentation en couleur de ce timbre (timbre sur timbre).

1c magenta guyane

Rappelons d’abord que cette colonie avait un service postal extérieur exploité en tant que succursale du General Post Office de Londres. En 1850 existaient deux bureaux de poste à Georgetown (la capitale) et New Amsterdam. Jusqu’en 1856, le courrier était expédié, soit non payé, soit  revêtu du cachet port payé (P. P.). C’est en 1850 que la décision de créer des timbres fut prise par E.T.E. Dalton, Deputy Master du comté de Demerara où se trouvait Georgetown. Dix neuf bureaux furent ouverts, les taxes fixées respectivement à 4, 8, ou 12 cents selon l’éloignement du bureau du dépôt de Georgetown.

On commença par utiliser les timbres baptisés  ” Cottonreels “(dévidoirs). Ces timbres étaient signés par différents fonctionnaires postaux avant leur émission : (E.T.E.D(alton), E.D.W(right), J.B.S(mith), R.A.K(illikelly), W.H. L(orimer). Leurs cotes en neuf est comprise entre 16000 et 200 000 €.

cottonreels guiana1850 4c

En 1851, une commande fut passée par une papeterie locale Richardson et Colebeck pour des timbres à 1c (tarif journaux) et 4c (tarif lettre simple) à la firme londonienne Waterlow and Sons qui alors n’avait aucune expérience de la fabrication des timbres. Ces deux timbres  (cotes respectives 15000 et 18500 € neufs,(YT 5 et 6) furent réalisés en lithographie en noir sur du papier à surface colorée. Le dessin représentait l’emblème de la colonie avec la devise latine «  Damus Petimusque vicissim » (Nous donnons et demandons en retour)  et le nom British Guiana verticalement de part et d’autre de l’emblème. Une erreur est notable : patimus au lieu de petimus.

guiana 1851

En 1853,   deux autres timbres à 1 et 4 c plus sophistiqués avec la devise corrigée et les armoiries avec bateau furent préparés . Leur cotes sont relativement faibles : 4500 et 1400 € en neuf (YT 7 et 8)

guiana 1853 3

Ce n’est qu’en 1856 que Joseph Baum et William Dallas, propriétaires de la « Royal Gazette” et imprimeurs du gouvernement furent chargés de la fabrication d’un autre type de  timbre : cadre rectangulaire formé par un filet d’impression, avec légende British Guiana et la devise de la colonie « Damus Petimusque vicissim » (Nous donnons et demandons en retour) et impression  par typographie en noir sur papier de couleur. Trois valeurs ont été émises :  le célèbre 1c magenta représenté plus haut en noir et blanc, le 4c carmin, représenté ci-dessous et cotant 35000€ neuf et  et le     4 c bleu.

guyana magenta

George Melville fabriqua aussi localement en 1861 des provisoires à 1, 2 et 4 c dont la cote est beaucoup plus faible, respectivement de 5500, 6000 et 4000 € en neuf, YT  27, 28 et 29  et présentant d’innombrables variétés.

guiana 1862 2

Ce 1c noir sur magenta, utilisé pour les journaux  est entré dans la légende lors de la vente sur offre tenue le 5 avril 1922 à Paris, rue Drouot. Lors des enchères on atteignit d’abord 150 000 F. A 200 000F, le représentant du roi d’Angleterre se retira de la course. A la fin ne restaient en lice que le collectionneur alsacien Maurice Burrus et l’américain Arthur Hind qui fit une enchère à 280 000 F. Burrus proposa 290 000 F. Hind l’emporta avec 300 000 F. Ce fut en 1872 (ou 1873) qu’un gamin de 13 ans, Vernon Vaughan,  fit la découverte de ce timbre dans un lot de vieux courriers. Le gamin avait consulté un expert Mr Mc Kinnon qui lui avait alors donné 6 s pour l’acquérir.  Cinq ans plus tard, McKinnon revendit toute sa collection comprenant ce timbre pour 120 £ au marchand Ridpath. Ce dernier vendit ce timbre 150 £  à un célèbre collectionneur , le comte Philippe de la Renotière von Ferrari. Ce comte italien avait acquis la nationalité allemande, mais vivait en France. Il avait décidé de faire don de sa collection au musée des postes de Berlin. Cependant, à sa mort en 1917, ses biens furent confisqués, comme propriétés ennemies et furent vendues aux enchères. Hind a gardé le timbre pendant 11 ans. Une légende court : un second magenta de Guyane lui aurait été vendu et il l’aurait brûlé pour que seul un exemplaire existe. En 1940, le timbre fut vendu 15 000 £. Le nom du propriétaire resta inconnu pendant 30 ans . On sait aujourd’hui qu’il s’agissait d’un australien appelé Frederic T. Small vivant aux USA à Fort Lauderdale. Ce timbre fut revendu 280 000$ en 1970 à Irving Weinberg de Pennsylvanie. John E. Du Pont l’achètera – secrètement – en 1980 pour une somme de 935 000 dollars. C’est un héritier de l’empire chimique Du Pont de Nemours. La rumeur dit que Du Pont dormait avec le timbre sous son oreiller. Depuis sa mort en 2010 on ignore ce qu’est devenu ce timbre.

Dans le catalogue Yvert et Tellier des timbres « Classiques du Monde », il est référencé sous le N°12. Ce timbre a été rarement vu dans des expositions : 1965 au Royal Festival Hall à Londres et  1970 à Interpex à New York. Ce timbre était utilisé pour l’envoi de journaux : on comprend qu’il puisse être rare. Le timbre est signé du paraphe EDW de l’employé des postes et d’une oblitération peu lisible «  Ap 4 1856 Demerara ». La reproduction sur les timbres d’Ajman et de Corée  permet d’avoir une idée de cette oblitération, mais non de voir les autres légendes.

ipmagentaajman

1 p magenta guiana corée

Parmi les autres timbres rares, je n’omettrai pas de signaler le 2 pence bleu-indigo de l’île Maurice.

L’histoire de ce timbre vaut aussi d’être racontée. Rappelons que l’île Maurice dans l’Océan indien était colonie britannique depuis une trentaine d’années, ayant été reconquise sur les français pendant les guerres napoléoniennes. L’administration postale sur le style anglais avait été introduite en 1811, surtout pour les besoins de la garnison. Le gouverneur de l’ïle,  le lieutenant général Sir W. Maynard Gomm avait une épouse qui avait décidé d’organiser un bal au palais du gouvernement le 30 septembre 1847. Ayant reçu du courrier d’Angleterre revêtu d’un timbre à l’effigie de la reine Victoria, elle voulut que son courrier fut orné d’un timbre. On fit appel au joailler, horloger  Joseph Barnard de Port Louis, la capitale pour préparer des timbres . Il recopia le timbre anglais (1 penny bleu), en ajoutant simplement à droite « Mauritius » et à gauche « Post office » et prépara 500 exemplaires pour chaque timbre  :  rouge-orange  à 1 penny et bleu-indigo à 2 pence. Il les imprima un par un. Ces deux timbres ont été utilisés sur le courrier représenté ci-dessous.

lettre maurice

Le catalogue Yvert et Tellier attribue les Numéros 1 et 2 à ces timbres et précise qu’ils existent respectivement en 14 et 12 exemplaires. Leurs cotes pour le timbre neuf sont respectivement de 1 500 000 et 1 000 000 d’Euros. En 1969, une enveloppe portant ces deux timbres fut vendue, à la dispersion de la collection Dale-Lichstenstein par Harmer à New-York 2 085 000 millions de Francs français.  L’expert Brun estime qu’aujourd’hui il se négocierait à 1 million d’Euros.

Ainsi que l’annonce le journal mauricien ” La Matinal” du 12 août 2013, un des 12 timbres de Maurice les plus rares au monde sera mis en vente pour la somme de 2 millions d’Euros.  Ce timbre, précieux aux yeux des collectionneurs, est la propriété d’un collectionneur roumain, Ion Ivan, habitant dans le sud-est de la ville de Braila.

 

Ce ne fut qu’à la seconde émission que la légende fut transformée en post paid ;  les timbres furent alors imprimés 12 par 12.

Je vous laisse juger de la ressemblance avec le 2 pence  bleu  anglais qui ne cote neuf que 11000 Euros.

2pencebleu mackay

Les  couleurs de ces timbres sont-elles reproduites correctement sur les timbres sur timbres suivants ? A vous d’en juger.

2pbleu maurice tchad

1p orange maurice M

2p bleu Maurice NL

D’autres timbres rares

D’autres timbres pour journaux peuvent aussi être rares  comme le Mercure vermillon émis en Autriche en  1851. Bien qu’Yvert et Tellier lui attribue neuf une cote de 60 000 Euros, Timbres Magazine n° 101 lui attribue une côte de 100 000 Euros.

autriche 6 kr Mercure

autriche mercure rouge ajman

Je terminerai cet exposé sur les timbres rares en présentant un timbre qui a été vendu  2,2 millions de dollars le 8 novembre 1995 dans une vente David Feldman (Timbroloisirs n °90, p 6 ): il s’agit de l’erreur de couleur (jaune)du 3 skilling vert de Suède, émis en 1858 qui cote cependant 4500€ oblitéré et le double neuf. Ci-dessous d’abord le timbre fauté (qui était présenté à l’exposition “London 2010” et a été revendu en 2010, sans que son prix et son acheteur -un consortium- aient été précisés), puis le normal et enfin un timbre de la série suivante émise en 1858, le 12 sk bleu oblitéré  coté 3,75 €, mais dont j’aimerais savoir si la partie verticale à gauche du cadre est toujours déformée.

suède1fauté

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Comme il est indiqué dans Timbroloisirs n°22 , certains exemplaires  de  timbres rares, appartenant au musée de la poste de Berlin (notamment Cotton reel, Post office de Maurice 1 penny et deux pence) ont vécu une odyssée pendant la seconde guerre mondiale.

Et la France

Pour la France, la palme du timbre le plus cher revient au 1 F vermillon (YT 7 émis en 1849) qui cote neuf 90 000 €uros et oblitéré 20 000 euros. Dans la vente sur offres du 16 avril 2010, Roumet propose le vermillon vif sur lettre à 12000€.

1fvermillon

Mais tous les timbres des années 1850-1860 ne sont pas forcément couteux ainsi que le montre les quelques exemples suivants.

timbres rares JPi

Ce timbre de Tasmanie émis en 1857 cote certes 4500 €, mais le timbre du Wurtemberg de 1851 cote 6€, le suivant de Bade émis en 1862 cote 2 €, celui de Hanovre de 1851 cote 5 €, celui de Bavière de 1849 cote 200€ , celui du Brésil de 1866 45 € et enfin celui d’Espagne de 1853, 2, 25 €.

Les timbres anciens  ont fait l’objet d’énormément de faux, ou de copies  notamment de la part de François Fournier qui réalisa plus de 3500 facsimilés de timbres rares, et qui sont aujourd’hui très recherchés.

Le premier timbre émis au monde (en Angleterre) le 6 mai 1840, le fameux penny black est coté respectivement 5500 € neuf et 275 € oblitéré.

1 p black

Et les timbres modernes

Des timbres modernes peuvent aussi coûter des fortunes comme ces non émis de Chine, illustrant la victoire de la révolution Culturelle vendus 540 000 £ en janvier 2010  par Interasia Auctions Limited.

chinerpnon émis5400000£

Bibliographie

James A Mackay : L’univers des timbres : La période classique 1840-1870 , 1972 Office du livre (Fribourg, Suisse)

L’écho de Timbrologie n° 1822, octobre 2008 avec  un article sur le timbre oublié de Maurice aux pages 66 à 69 mentionnant l’ouvrage des frères Williams “L’encyclopédie des timbres rares et célèbres”

Otto Hornung : The illustrated encyclopedia of STAMP COLLECTING , Hamlyn London, 1970, p 7 à 10 notamment sur l’histoire des Post Office de l’île Maurice.

Quand les classiques deviennent une thématique : Timbroloisirs n° 77, p. 23-29

Mauritius : Eine Legende wird 150 Jahre , Briefmarken Spiegel, n° 9 , 37 ième année , Septembre 1997

Fournier-ein Fälscher ? , Briefmarken Spiegel, n° 8 , 37 ième année,  Août  1997,  p. 121

Gibbons stamp monthly , july 2010, p. 14 et Show guide “London 2010 ,Festival of stamps “, p. 89

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